Celle qui attend à sa fenêtre que quelqu’un passe et croise son regard, à qui l’on ne doit pas poser la question « Comment allez-vous ? » lorsque l’on est pressé.

Celui dont l’allure sent les embruns, dont la peau burinée crie le manque, qui est là mais déjà parti ou pas encore revenu, celui dont la vie est un voilier solitaire qu’il traverse comme sans le faire exprès.

Celle qui est transparente et qui ne dit pourtant rien, qui se laisse deviner par les notes jetées sur son piano à toute heure du jour ou de la nuit, et par les cernes arrimées à son regard opaque.

Celui qui marche ramassé sur lui-même à grandes enjambées comme pour fuir son ombre, qui rentre vite dans son cocon pour échapper à la rencontre, et qui pourtant, gagne à être connu.

Celle dont le sourire laisse à penser que tout va bien, qui se dilue dans sa gentillesse, toujours prête à rendre service, mais qui cache une colère tapie au fond d’elle, qui la ronge de l’intérieur et grignote peu à peu ses forces vitales.

Celui qui se berce encore de l’illusion qu’il fera mieux que les autres, qui cultive son corps et son esprit par le sport et la nourriture saine, qui cultive ses nombreuses amitiés et par le sport et la nourriture saine, qui imagine sa progéniture à travers le sport et la nourriture saine.

Celle qui est douce et forte, qui rêve d’être une épouse modèle et une mère aimante… mais pas tout de suite.

Celui qui se sait appelé l’ours et qui se plaît à demeurer fidèle à cette appellation.

Celle qui trahit par sa voix une forte consommation de cigarettes et de stress, qui vit par procuration et n’existe qu’à travers ses enfants.

Celui qui est tombé de haut quand sa femme l’a quitté. Celle qui est partie parce que sa vie était plate.

Celui qui dépanne ma voiture en disant que quand même il avait prévu de faire autre chose. Celle qui vit sa vie et sa vie seulement.