Dans une petite ville, toute en pierres blanches, se trouvait un adorable salon de thé tenu par Lucette, une jolie fée toute dorée.
Lucette avait le don de rendre le sourire aux gens. Personne ne savait comment elle procédait, mais tous les habitants de la ville pouvaient témoigner, la main sur le cœur, qu’ils voyaient des tas de gens larmoyants rentrer dans le salon et ressortir le visage rayonnant,
le teint frais et le cœur apaisé.
Évidemment, tout le monde voulait connaître le secret de Lucette, mais personne ne le savait car il fallait pleurer pour rentrer dans le salon de thé. Alors, chacun y allait de sa petite idée : « c’est sa recette de brochet, le goût est tellement fort qu’il assèche le corps. »
« C’est le cœur de Lucette, il brille si intensément que les larmes sèchent et la peau bronze instantanément, d’où le teint hâlé de ceux qui en sortaient. »,
« Lucette est une gourgandine qui entraîne tous ceux qui pénètrent chez elle dans un tourbillon de plaisirs, si osés que ses invités rougissent de leur expérience aux 1000 délices »,
« c’est son fondant au chocolat, si délicieux, qu’il fait fondre de douceur tous les soucis… »
Les spéculations allaient bon train dans la petite ville aux pierres blanches, mais personne, personne n’était parvenu à percer son secret. Certains essayèrent bien d’entrer en se faisant passer pour tristes : ils se frottèrent les yeux avec des oignons, regardèrent cent vidéos de chatons mignons, repensèrent au Noël où leur sœur avait eu le vélo qui leur revenait…
Mais rien n’y faisait : une fois devant la porte, celle-ci restait obstinément close.
Un jour, un jeune lutin au chapeau pointu arriva dans la ville et tout le monde sut tout de suite qu’il se rendait chez Lucette. Ce lutin avait le cœur brisé, le corps marqué et l’âme déchirée. Ses larmes creusaient des rivières sur ses joues. Il était évident que Lucette était sa dernière chance… Il se dirigea tristement vers la porte, et entra sans hésitation.
Tous les habitants s’agglutinèrent autour du salon.
Au bout d’un moment, ils entendirent un chant : « C’est du pipeau ! Mais non, c’est un violon, c’est une sirène ! Lucette est une sirène ! Non, elle a enlevé une sirène et la retient prisonnière ! Libérons la sirène ! »
Alors, la colère et la panique aidées de la bêtise montèrent et grondèrent parmi les habitants. Armés de pierres, de pioches et de tronçonneuses, ils entreprirent de pulvériser la porte.
Quand ils pénétrèrent dans le cosy salon, ils virent le petit lutin, assis devant un caramel macchiato double vanille et un petit oiseau sur son épaule qui buvait ses larmes.
À chaque larme qu’il absorbait, le cœur du jeune lutin se raccommodait, son corps se réparait et son âme s’apaisait.
Devant le fracas des habitants, l’oiseau tourna la tête, laissa échapper une larme et s’envola. Lucette déploya ses ailes étincelantes, prit les mains du petit lutin et s’envola avec lui.
Aujourd’hui, personne ne parle plus de cela. Les habitants ont compris qu’ils avaient, par leur curiosité, perdu le charme de l’oiseau qui buvait les larmes.
E., à l’occasion du mois de l’imaginaire







